Cette carte a été dressée par l'abbé Léon Boudal, curé de Murol de 1890 à 1934. Il y a parfaitement représenté deux sites médiévaux à Varennes.
Cette carte a été dressée par l’abbé Léon Boudal, curé de Murol de 1890 à 1934. Il y a parfaitement représenté deux sites médiévaux à Varennes. © Collection particulière. Reproduction interdite.

Alors, qui furent les premiers seigneurs connus à Varennes ?

On sait que les premiers seigneurs de Murol, issus de la famille d’Amblard d’Apchon, portaient le nom ou le surnom de Chambe ou Chamba. Une hypothèse a été émise, selon laquelle ils se seraient d’abord établis à Varennes avant que de rejoindre Murol.

Ensuite, Gabriel et Pierre François Fournier nous disent dans leur livre « La Vie Pastorale dans les montagnes du Centre de la France », livre nourri du Fonds d’Archives du Monastère Saint André de Clermont, que « les Montaigut, seigneurs du château et de la terre de Varennes sur Chambon sur les bords du lac du même nom furent également jusqu’en 1248 vassaux des comtes de Clermont pour le tènement de Chaufayet, limitrophe de celui de la Védrine ». Ces Montaigut étaient, selon eux, «probablement originaires de Montaigut le Blanc». Le premier mentionné est en 1256 Etienne de Montaigut, il l’est de nouveau en 1259 avec son fils Hugues, puis Hugues seul en 1265.
Hugues 1er de Montaigut, marié à Valencie, ses enfants Hugues et Eldin, ainsi qu’Alasie, épouse de Hugues, sont ensuite nommés pour avoir fait un échange en 1288 avec les religieux. Nous faisons ainsi connaissance avec Hugues II de Montaigut, seigneur de Varennes. C’est lui, nous dit Remacle dans son Dictionnaire des Fiefs, qui « rend hommage en 1327 à Jehan, pour ses chastel, hôtel et ville de Varennes ».

Un château, un hôtel (ou maison forte) et un village ! Deux enfants, Hugues et Eldin, y eut-il alors co-seigneurie ?

Remacle nomme ensuite Hugues III de Montaigut, vivant en 1395, seigneur de Varennes, puis sa « fille et héritière, Alieurs de Montaigut, dame de Varennes ».

Ecoutons maintenant Pierre Charbonnier:
« cette dame que Remacle nomme curieusement Alieurs est Jeanne de Montaigut, qui possédait donc la seigneurie de Varennes en 1407 et l’apporta en dot à Jean de Rochefort, seigneur de Préchonnet : leur fille, unique descendante, Louise de Rochefort épousa Blain Le Loup, seigneur de Beauvoir et lui apporta donc en dot la seigneurie de Préchonnet et celle de Varennes. Leur fils, Jacques Le Loup, était seigneur de Varennes en 1478. A cette époque, une vente prévue à Bertrand de Murol échoua, ce dernier mourant à la guerre de Bourgogne ».

Jacques Le Loup vendit alors la seigneurie de Varennes à Anthoine de Puyrenaud, écuyer, sûrement un familier, en tous cas un voisin, sinon un vassal, Préchonnet et Puyrenaud étant situés sur la même commune, Bourg Lastic, en Combrailles. C’est lui qui revend en 1498 la seigneurie de Varennes à Jean Drulhon, bourgeois de Clermont.

Varennes fut ensuite porté, nous dit Remacle dans son ouvrage précité, par sa fille Dyne « à Michel d’Albiat, seigneur de La Combaude et de Beaupré, bourgeois de Montferrand, décédé avant 1524 ». « Leur fils, Ant. d’Albiat, seigneur de Beaupré et de Varennes, garde des sceaux au Bailliage de Montferrand, mourut sans postérité ».

En 1543, Gabriel d’Estaing, seigneur de Murol , achète la seigneurie de Varennes. Nous savons par Pierre Charbonnier « qu’il l’achète à Michel de Veyny, lequel est bien seigneur de Varennes en 1542, l’ayant sans doute achetée au gendre de Jean Drulhon ». Nous avons également eu connaissance par lui d’un aveu et dénombrement de 1723 où François d’Estaing après avoir présenté la seigneurie de Murol indique vers la fin de sa déclaration « plus la seigneurie de Varennes, le lac de Varennes et la montagne du Sauzet ».

Mais, énigme !!??

Car dans un terrier de Murol, daté de 1605, (source : Archives privées), nous lisons la phrase suivante :

«… plus à ce compris le tènement de Leyrenoux mouvance de la seigneurie de Varennes acquise par ledit feu seigneur d’ Estaing de feue dame Alix Petitfrère...».

Pourtant l’acte de vente ne laisse aucun doute : c’est bien Michel de Veyny qui vend la seigneurie de Varennes à Gabriel d’Estaing en 1543 !

Alors, qui est Alix Petitfrère ?

Le testament de Jean Drulhon, lu pour nous par Pierre Charbonnier (A.D.Puy de Dôme, 21 H, liasse 7), apporte une certitude : Alix Petitfrère est bien la seconde épouse dudit Drulhon, à laquelle la seigneurie de Varennes est léguée en douaire, conformément à leur contrat de mariage.

Remacle serait donc dans l’erreur, quand il prénomme Charlotte la seconde épouse de Jean Drulhon, puis quand il dit que la seigneurie de Varennes est apportée en dot par leur fille Dyne Drulhon à Michel d’Albiat.

Mais quel est le lien entre Alix Petitfrère, dame de Varennes et Michel de Veyny ?

Francine Leclercq, dans une Petite Suite de Remacle, publiée dans un mémoire de l’Académie, nous apporte une réponse que cite et confirme Pierre Charbonnier :
« Alix Petitfrère fait don de tous ses biens à Michel de Veyny, le 18 septembre 1535, lors de son mariage avec Anne de Bayard ».

Oui, mais quel lien a pu exister entre eux ?

 

 

Aujourd’hui, ni hôtel (ou maison forte), ni château!

Que s’est-il passé ?

Deux hypothèses sont à envisager :

– L’abandon : on peut penser qu’à partir du moment où Varennes passe par alliance dans la maison de Rochefort, il cesse d’être habité par ses seigneurs, à fortiori en 1497 quand il est vendu à Jean Drulhon.
– Les guerres de religion.

Jean Paul Pasdeloup
En charge de l’Histoire
au sein de Varennes en Mouvement,
avec l’aimable autorisation de Gabriel Fournier et de Pierre Charbonnier